Zighout Youssef, criminel de guerre
Voici quelques hauts faits d'armes perpétrés par ZIGHOUT YOUSSEF, commandant de la wilaya 2 ( Nord constantinois) 39 villages condamnés à mort. (20 Aout 1955)
Sur le carnet de route de Zighout, les noms des villes et des villages où le sang va couler: Philippeville, Djidielli. Colle, El-Milia, Le Kroub, Guelma, Bolée, Jemmapes, El-Arrouch, Oued-Zenati, Saint-Charles, Robertville, Aïn-Abid, El-Halia, Catinat, Kellermann, Gallieni, Conde-Smendou, Aïn-Kercha, la liste n'en finit plus...
A'in-Abid et à El-Halia. restent dans les mémoires, comme les " Oradour ", de la guerre d'Algérie. Ia formulation n'est pas outrée. Elle recouvre des scènes dont l'horreur laisse pantelant et dont les photos ne sont décemment pas publiables.
Qu'il suffise de savoir qu'à Aïn-Abid, une petite fille de cinq jours, Bernadette Mello, fut tronçonnée sur le rebord de la baignoire, devant sa mère, dont on ouvrit ensuite le ventre pour replacer la nouveau-née !
Que, sous le même toit, Faustin Mello, le père, est assassiné dans son lit, amputé à la hache, des bras et des jambes, que la tuerie n'épargne ni Marie-José Mello, une fillette de onze ans, ni la grand-mère de soixante-seize ans.
Qu'à El-Halia, sur 130 Européens. 32 sont abattus à coups de hache, de serpe, de gourdin, de couteau, les femmes violées, les tout petits enfants fracassés contre les murs. Ces exemples ne sont pas cités par complaisance morbide. Ils peuvent aider, non pas à justifier, mais à comprendre la réaction de ces Européens du Nord constantinois dont le frère, ou le fils, ou la femme eurent à subir pareil sort. Et d'éviter de tirer des massacres du 20 août, une leçon unilatérale et la morale d'une histoire dont la répression seule ferait les frais.
Le 20 août 1955, à midi., c'est l'heure qui va permettre, dans les coins perdus, de trouver les Européens chez eux à table ou faisant la sieste. Il faut profiter de la surprise. A El-Halia et à Aïn-Abid, la stupéfaction se mêle à l'horreur. Ceux qui levaient brusquement le couteau sur les Européens étaient des familiers, des villageois musulmans paisibles. Au point qu'à Aïn-Abid le maire avait refusé toute protection militaire, craignant que les uniformes ne vinssent troubler la paix des rapports entre les deux communautés .
El-Halia est attaqué entre 11 h 30 et midi. C'est un petit village proche de Philippeville, sur le flanc du djcbel El-Halia, à trois kilomètres environ de la mer. Là vivent 130 Européens et 2000 musulmans. Les hommes travaillent à la mine de pyrite, les musulmans sont payés au même taux que les Européens, ils jouissent des mémes avantages sociaux. Ils poussent la bonne intelligence jusqu'à assurer Ieurs camarades Degand, Palou, Gonzalès et Hundsbilcher qu'ils n'ont rien à craindre, que si des rebelles attaquaient El-Halia, " on se défendrait " au coude à coude.
A 11 h 30, le village est attaqué à ses deux extrémités par quatre bandes d'émeutiers, parfaitement encadrés, et qui opèrent avec un synchronisme remarquable. Ce sont, en majorité, des ouvriers ou d'anciens ouvriers de la mine et, la veille encore, certains sym-pathisaient avec leurs camarades européens...
Devant cette foule hurlante, qui brandit des armes de fortune, selon le témoignage de certains " rescapés ", les Français ont le sentiment qu'ils ne pourront échapper au carnage. Ceux qui les attaquent connaissent chaque maison, chaque famille, depuis des années et, sous chaque toit, le nombre d'habitants.
A cette heure-là, ils le savent, les femmes sont chez elles à préparer le repas, les enfants dans leur chambre, car, dehors, c'est la fournaise et les hommes vont rentrer de leur travail.
Les Européens qui traînent dans le village sont massacrés au passage. Un premier camion rentrant de la carrière tombe dans une embuscade et son chauffeur est égorgé. Dans un second camion, qui apporte le courrier, trois ouvriers sont arrachés à leur siège et subissent le même sort. Les Français dont les maisons se trouvent aux deux extrémités du village, surpris par les émeutiers, sont pratiquement tous exterminés.
Au centre d'EI- Halia, une dizaine d'Européens se retranchent, avec des armes, dans une seule maison et résistent à la horde. En tout, six familles sur cinquante survivront au massacre.
Dans le village, quand la foule déferlera, excitée par les " you you " hystériques des femmes et les cris des meneurs appelant à la djihad, la guerre sainte, certains ouvriers musulmans qui ne participaient pas au carnage regarderont d'abord sans mot dire et sans faire un geste.
Puis les cris, l'odeur du sang, de la poudre, les plaintes, les appels des insurgés finiront par les pousser au crime à leur tour. Alors, la tuerie se généralise. On fait sauter les portes avec des pains de cheddite volés à la mine. Les rebelles pénètrent dans chaque maison, cherchent leur " gibier " parmi Ieurs anciens camarades de travail, dévalisent et saccagent, traînent les Français au milieu de la rue et les massacrent dans une ambiance d'épouvantable et sanglante kermesse. Des familles entières sont exterminées: les Atzei, les Brandy, les Hundsbilcher, les Rodriguez.
Outre les 30 morts il yaura 13 laissés pour morts et deux hommes, Armand Puscédu et Claude Serra, un adolescent de dix-neuf ans qu'on ne retrouvera jamais. Quand les premiers secours arrivent, El-Halia est. une immense flaque de sang.
Aïn-Abid, dans le département de Constantine, est attaqué à la même heure. Un seul groupe d'émeutiers s'infiltre par différents points du petit village, prenant d'assaut, simultanément, la gendarmerie, la poste, les coopératives de blé, l'immeuble des travaux publics et les maisons des Européens. Comme à El-Halia, jusqu'à 16 heures, c'est la tuerie, le pillage, la dévastation. Les centres sont isolés les uns des autres, les Français livrés aux couteaux. Mais, à Aïn-Abid, les civils sont mieux armés et ils se défendent avec un acharnement qui finit par tenir les rebelles en respect jusqu'à l'arrivée des renforts militaires, vers 16 heures. C'est à cette heure-là qu'on découvrira le massacre de la famille Mello.
Ce nuage de sang dissipé, viendra l'heure des informations plus claires et des bilans. On se rendra compte que dans cette journée du 20 août, la chasse à l'homme commença d'abord, sur les ordres de Zighout, par la chasse aux Européens. En tout, de Constantine à Philippeville, à Jemmapes, à Catinat, à Hammam-Meskoutine et dans toutes les localités du Nord constantinois 171 Français ont été massacrés.
A.MARTINEZ
Massacre à la mine d'El-Halia
Le 20 août 1955, « une date terrible, une date inoubliable » dira Yves Courrière dans son «Histoire de la guerre d'Algérie» (éd. Taillandier).
Ce jour-là, Zighout Youssef, le chef de la wilaya 2, lance la population civile de certains douars du Nord-Constantinois contre les Européens. A EI-Halia, petit centre minier près de Philippeville, trente-deux personnes sont assassinées dans des conditions barbares.
Témoignage de Marie-Jeanne Pusceddu
,
Insoutenable horreur barbare. Quelle était la culpabilité des enfants d'El-Halia ?
Je m'appelle Marie-Jeanne Pusceddu, je suis Pieds-Noirs, née à Philippeville en 1938 de parents français, d'origine italienne.
Mes parents étaient des ouvriers; toute ma famille, frères, oncles, cousins, travaillait à la mine d'El-Halia, près de Philippeville.
Ce petit village d'El-Halia n'était qu'un village de mineurs, d'artisans qui travaillaient dur dans la mine de fer.
Il y avait également des ouvriers arabes avec qui nous partagions, au , moment de nos fêtes respectives, nos pâtisseries et notre amitié. Ils avaient leurs coutumes, différentes des nôtres, nous nous respections. Nous étions heureux.
Les « événements d'Algérie » ont commencé en 1954. Mais pour nous, la vie était la même, nous ne nous méfions pas de nos amis arabes.
Je me suis mariée le 13 août 1955, nous avons fait une belle fête et tous nos amis étaient là, notamment C..., le chauffeur de taxi arabe que nous connaissions bien... Avec mon mari, nous sommes partis en voyage de noces.
Le 19 août 1955, avec mon mari André Brandy (ingénieur des mines employé au Bureau de la recherche minière d'Algérie), nous avons pris le taxi de C...pour rentrer à El-Halia.
Pendant le trajet, C... nous dit : « Demain, il y aura une grande fête avec beaucoup de viande ». Je lui répondis : « Quelle fête ? Il n'y a pas de fête ». Je pensais qu'il plaisantait...
Le lendemain, 20 août, tous les hommes étaient au travail à la mine sauf mon mari.
Il était juste midi, nous étions à table, quand soudain, des cris stridents, les youyous des mauresques et des coups de feu nous ont surpris.
Au même moment, ma belle-sour Rose, sa petite dernière Bernadette (trois mois) dans les bras arrive, affolée, suivie de ses enfants, Geneviève 8 ans, Jean-Paul 5 ans, Nicole 14 ans, Anne-Marie 4 ans. Son aîné Roger, âgé de 17 ans, était à la mine avec son père.
Avec ma mère, mon frère Roland de 8 ans, Suzanne ma sour de 10 ans, Olga mon autre sour de 14 ans et mon mari, nous avons compris qu'il se passait quelque chose de grave. Les cris étaient épouvantables. Ils criaient : « Nous voulons les hommes ». Je dis à mon mari : « Vite, va te cacher dans la buanderie ! ».
Nous nous sommes enfermés dans la maison, mais les fellaghas ont fait irruption en cassant la porte à coup de hache. À notre grande stupeur, c'était C..., le chauffeur de taxi, « l'ami » qui avait assisté à mon mariage. Je le revois encore comme si c'était hier. Il nous a poursuivis de la chambre à la salle à manger, puis dans la cuisine; nous étions pris au piège. C..., avec son fusil de chasse, nous menaçait.
Il a immédiatement tiré sur ma pauvre mère, en pleine poitrine, elle essayait de protéger mon petit frère Roland. Elle est morte sur le coup avec Roland dans ses bras, lui aussi gravement atteint. Ma belle-sour Rosé a été tuée dans le dos. Elle gardait son bébé contre le mur, ma jeune sour Olga s'est jetée, dans une crise d'hystérie, sur le fusil, il a tiré à bout portant. la blessant salement. Il nous narguait avec son fusil.
Bravement et affolée, je lui dis : « Vas-y ! Tire ! Il ne reste plus que moi ». Il a tiré, fai reçu la balle à hauteur de la hanche, je n'ai même pas réalisé et il est parti.
J'ai pris les enfants, les ai cachés sous le lit avec moi, mais je souffrais trop et je voulais savoir si mon mari était toujours vivant. Je suis allée dans la buanderie et me suis cachée avec lui derrière la volière. Les fellaghas, les fils de C..., sont revenus. Ils se dirigeaient vers nous en entendant un bruit, mais l'un d'eux a dit en arabe : « C'est rien, c'est les oiseaux ». Et nous sommes restés, apeurés, désemparés, sans bouger jusqu'à cinq heures de l'après-midi. Les cris, les youyous stridents, la fumée, le feu, quel cauchemar !...
Un avion de tourisme est passé au-dessus du village et a donné l'alerte.
L'armée est arrivée à dix-sept heures. Et là, nous sommes rentrés dans la maison pour constater l'horreur.
Mon petit frère Roland respirait encore; il est reste cinq jours dans le coma et nous l'avons sauvé.
Malheureusement, ma sour Olga a été violée et assassinée. Ma sour Suzanne, blessée à la tête, elle en porte encore la marque.
Puis l'armée nous a regroupés.
Ma famille Azeï, tous massacrés au couteau, la sour de ma mère, son mari, ses deux filles dont l'une était paralysée, l'une des filles qui était en vacances avec son bébé a été, elle aussi assassinée à coups de couteau (c'est la fiancée de son frère, qui s'était cachée, qui a tout vu et nous l'a raconté).
Le bébé avait été éclaté contre le mur.
Puis, mon cousin a été tué à coups de fourchette au restaurant de la mine, le frère de ma mère.
Pierrot Scarfoto a été, lui aussi massacré, en voulant sauver ses enfants, à coups de couteau, les parties enfoncées dans la bouche, ainsi que mon neveu Roger, âgé de 17 ans.
Mon père, sourd de naissance, blessé à coups de couteau, s'était réfugié dans une galerie abandonnée. Il n'a pas entendu l'armée, on ne l'a retrouvé que quinze jours plus tard, mort à la suite de ses blessures. Il a dû souffrir le martyre. Mon jeune frère Julien a été également massacré.
Treize membres de ma famille ont ainsi été martyrisés, massacrés par le F.L.N.
Je suis restée à l'hôpital près de trois mois, j'avais fait une hémorragie interne avec infection, car les balles fabriquées étaient bourrées de poils, de bris de lames de rasoir.
Nous avions échappé à la mort, mais pas à la souffrance. Mon mari fut muté à Bougie, mais le chantier ayant subi une attaque, il a dû fermer; puis à Ampère, près de Sétif, et finalement au Sahara. Mais les femmes n'étaient pas admises.
J'ai été recueillie avec mes deux frères à Lacaune-les-Bains, chez les sours de Saint-Vincent-de-Faul, j'y étais déjà venue plus jeune.
Le fellagha meurtrier de ma famille a été arrêté, j'ai dû venir témoigner pendant trois ans en Algérie, car j'étais le seul témoin.
Mon témoignage fut mis en doute, du moins la façon dont les miens ont été massacrés. Ils ont déterré ma mère pour voir si je disais la vérité, je n'en pouvais plus. On a retiré plusieurs balles et la seule chose de positive dans tout ce cauchemar, c'est le collier qu'elle portait et que l'on m'a remis; collier dont je ne me séparerai jamais.
Témoignage de Marcel Salvan
« Appelé pour 18 mois, j?ai fait 32 mois de service militaire dont 24 en Algérie, dans une unité de parachutistes (au 1" RCP à partir du 1er novembre 1954). Je pourrais témoigner de ce que j'ai vu en tant que gradé, Mais aujourd'hui, je suis scandalisé que deux généraux, Massu et Aussaresses, dénoncent ce qu'ils ont fait, exécuté et couvert.
C'est trahir la mémoire de 30 000 soldats tués en Algérie et autant de nos amis harkis. Il ne faut pas oublier que le ministre de l?intérieur de l'époque était un certain François Mitterrand, car c'était des opérations de maintien de
l?ordre et non une guerre.
Tous les ordres étaient donnés par ce ministère et non par le ministre des Armées. Courant novembre 1954, le général Gilles, commandant les troupes dans les Aurès (au début du soulèvement), fit remarquer au sous-préfet de Batna que les instructions données par lui et le gouvernement étaient ridicules, il gifla le représentant de l?Etat et employa le mot de Cambronne à l?adresse du ministre de l'Intérieur : il fut rapatrié sanitaire dans les 48 heures. Si l?on avait écouté ce général natif de Mont-Louis, peut-être qu'il n'y aurait pas eu sept ans de rébellion et que la France serait encore en Algérie sous une autre forme.
Je me souviendrai toujours de ce que j'ai vu à la mine d'El Halia à 20 km de Philippeville le 20 août 1955 à midi : 80 Européens égorgés, enfants et adultes, c'était une horreur.
A la suite de ces crimes» il y a eu des représailles, sur instruction du ministre de l'Intérieur. Je n'en dirai pas plus. . . Il y a certainement des pieds noirs qui vivent dans les P.O qui doivent se souvenir de ces évènements tragiques qui avaient marqué l'ensemble de là population algérienne. Ce n'était pas de la torture individuelle, c'était un massacre organisé. Que ceux qui dénoncent comme les communistes, regardent un peu devant leur porte (dans les goulags en particulier) .
Il faut se souvenir que le Ministre de l?Intérieur François Mitterrand rappela les classes de 52 et 53 et fit maintenir les classes 54 jusqu'à 32 mois.
En avril 1958, une dizaine de parachutistes été faits prisonniers par les Fells et torturés à mort.
La torture était pratiquée dans l'autre camp, il ne faut pas l?oublier ».
Le massacre de Melouka
OÙ SONT LES ROSES DE FOUKA ?, de Camille Gilles, Presses Pocket - 116, rue du Bac Paris, (Avril 2004)
P.114 à 118
La compagnie venait d?arriver en vue du village de Melouka. Leroy qui était toujours en éclaireur de pointe fit signe de la main, aussitôt les trente hommes qui suivaient comme un seul se jetèrent derrière les oliviers qui bordaient la route. En rampant le baron remonta jusqu'à Leroy.
? Qu'est-ce qui se passe ?
? En bas mon commandant, dans la mechta, ça semble anormal.
Le baron avec ses jumelles parcourut le panorama lumineux qui s'offrait à ses yeux : une vaste plaine ou plutôt, en raison de l'altitude, une vaste prairie semée de pierrailles et coupée de rochers. Autour, les méditas.
Même à la jumelle il était impossible d'y déceler le moindre signe de vie.
En avançant vers le village, la section du commandant M.R. entra dans l'odeur de la mort. Elle les attendait comme un nuage invisible, et elle s'étendait loin autour de la mechta.
Les plus anciens arrivaient à démêler l'odeur des cadavres d'animaux de celle des corps humains. Ils avaient l'habitude, depuis longtemps ils savaient faire la différence. Ils étaient même capables, certains jours, de la sentir avant, comme si elle était palpable.
Pour la première fois de sa vie, Marc se trouvait devant la mort à l'état massif, non pas celle liée à la rafale d'une arme automatique, celle de l'éclat d'une grenade mêlée à l'odeur de la poudre, mais celle du carnage.
? Bon Dieu ! Quel massacre, ce village est vide, sans vie, mais il paraît encore plus vide avec tous ces morts.
Les habitants du village semblaient avoir été massacrés, abattus en pleine course, alors qu'ils tentaient vraisemblablement de s'enfuir vers les montagnes, de l'autre côté, là où se trouvaient les militaires !
D'autres étaient parqués à l'intérieur des maisons, entassés en grappes sur le pas des portes, ou dans les cours.
D'après le nombre des cadavres, tous les habitants avaient été exécutés. Les animaux n'avaient pas été épargnés : les chiens, les chèvres, les moutons, les poules, les bourricots gisaient égorgés, certains les pattes raidies vers le ciel, comme dans un dernier sursaut de la vie.
? Ah ! ben merde alors... Ah ! ben merde alors. Oh !... les fumiers... ne cessait de répéter Voldemar en roulant les « R » à la manière de Mme Popesco.
Assis par terre, sa MAT entre les jambes Marc regardait le spectacle qui s'offrait à lui, puis tout à coup il se leva, courut jusqu'à un olivier et vomit.
? Putain de guerre.
Presque au même moment, Voldemar, comme un fauve, s'était levé à son tour, et avait braqué son F.M. en direction d'une petite maison en terre battue.
? Il y a quelqu'un là-dedans mon commandant, je suis sûr qu'il y a quelqu'un.
Marc l'avait rejoint ; d'un geste, Voldemar lui fit comprendre de se coller au mur et surtout de ne pas bouger.
Voldemar écouta à nouveau, il semblait « voir » le bruit plutôt qu'il ne l'entendait, puis tout à coup, il bondit en avant, le canon de son F.M. pointé vers la petite maison. Il s'arrêta derrière un mur de pierre, au-delà duquel s'étendait une courette.
Voldemar écoutait toujours. Le gros de la section, qui connaissait l'instinct du Russkoff, s'était mis en protection.
? Alors, Voldemar, qu'est-ce qui se passe ? demanda le baron.
? Sais pas mon commandant, mais je suis sûr qu'il y a quelqu'un là-dedans.
? T'as qu'à foutre une grenade, on verra bien.
Soudain une planche bougea, un peu de poussière se dégagea et un gamin de dix-sept ans apparut. Il avait affreusement peur, et son regard reflétait toute l?horreur dont il avait été le témoin. Il levait ses mains sur sa tête et il disait : « Ne me tuez pas, ne me tuez pas, je vous en supplie chef, ne me tuez pas... » puis avant de s'évanouir, il eut le temps de dire :
? Je m'appelle Ahmed, j'habitais ici, au village de Sédrata, les fellagha ont tué tout le monde, c'est les fellagha, ne me tuez pas...
Toute la section était autour de Marc et du petit Ahmed qui maintenant n'avait plus peur. Il parlait en arabe et Marc traduisait.
? Tout le village dormait, quand les fellagha sont arrivés, raconta le petit Ahmed. Ils avaient été repérés depuis longtemps par les fellahs qui travaillaient aux champs. Nous avons pensé que c'était le capitaine qui commande la S.A.S. Il avait coutume de venir au douar avec ses hommes manger le couscous avec nous.
A peine arrivés au douar, les rebelles ont rassemblé tous les habitants du village. Après avoir écarté les femmes et les enfants, ils conduisirent les hommes adultes ou adolescents dans le centre du village où les trois cent cinquante hommes furent parqués après avoir été détroussés, puis ligotés. Et puis ce fut le pillage. Aucune mechta ne fut épargnée. Le butin fut réparti entre les rebelles, ces valeureux soldats de la libération.
Ces « moujahidines » sans peur et sans reproche.
Puis par groupes de cinq, ils firent sortir les hommes et, devant les femmes et les enfants rassemblés en spectateurs, ils les tuèrent au fusil ou à la mitraillette.
Après avoir exécuté une trentaine d'hommes, ils firent entrer les autres dans les maisons, et, là, par les fenêtres, par les portes, pris d'une folie sanguinaire, les hommes de l'A.L.N. tirèrent sur eux.
Après la tuerie, les Djounouds fouillèrent les mechtas, tirant les blessés hors des maisons, ils se mirent à les achever à coups de couteau, à coups de serpe, à coups de pioche. Des corps furent retrouvés complètement décapités. Partout, dans les ruelles du village, des éclats de cervelle, des lambeaux de chair.
Les femmes et les enfants qui étaient gardés à vue, non loin des lieux du massacre, assistèrent impuissants à la tuerie, entendant les cris de leurs époux, de leur père, de leur frère, avant d'être eux-mêmes exécutés.
Un chauffeur de taxi qui venait vers Sbahi à quelques kilomètres de Sédrata, avec quatre passagers à bord, fut arrêté sur la route par des rebelles en uniforme. Il fut conduit au village de Molite Casbah Mechta. Enfermé dans une maison, il a vécu le drame des villageois.
Il fut atteint l'un des premiers par une balle à l'aine ; il s'évanouit et ne revint à lui qu'à l'arrivée des militaires ; il était à côté d'Ahmed, lui-même blessé à la jambe et qui avait fait le mort, sous un monceau de cadavres mutilés.
Le F.L.N. ne se vanta jamais de cette victoire.
P 131 à 135
Ce matin-là, Krim Belkacem, dans son Q.G. de Hamman Mélouane, avait rassemblé ses adjoints : Ouamrane, Chollal et Améziane.
? Il faut frapper un grand coup dans la région, avait expliqué Krim, les frères commencent à douter de nous, certains douars se sont ralliés à l'armée française.
Dernièrement les « hommes peints » (Parachutistes.) et la Légion ont fait subir de lourdes pertes aux willayas d'Amirouche et de Chittani dans les Aurès.
« Pour reprendre en main la population qui commence à céder au découragement et qui accueille les hommes de la S.A.S. (section administrative spécialisée) et les «: commandos noirs » de Jean-Jacques Servan-Schreiber, cantonnés à l'Arba et à Rivet, mieux que les nôtres, nous devons de notre côté monter une action qui frappera la population musulmane autant que les Européens... »
Ce mercredi matin une patrouille du 9e R.I.C. qui se dirigeait en camion du côté de Souk-el-Haad et qui arrivait du Fondouk, croisa à quelques kilomètres de Palestro sur la N. 22, une vingtaine d'hommes armés et casqués qui semblaient rentrer d'une opération dans les gorges de Keddara, où, depuis quelques jours, l'armée avait déclenché une vaste offensive de nettoyage et de pacification.
Les jeunes appelés, du G.M.C. qui les conduisait à Lapérine où se trouvait le Q.G. opérationnel, firent un signe amical à leurs « collègues » qui répondirent par un large signe de la main accompagné d'un : « Salut les gars ! »
Ces militaires n'étaient autres que des hommes de Krim Belkacem qui avaient, pour la circonstance, revêtu des tenues de l'armée française.
Vers dix-huit heures, le commando de Krim, sous le commandement du colonel Ouamrane, arrivait en vue de Palestro.
Au bout d'un chemin se dressait la ferme de la famille Becker en vacances en métropole ; un soleil radieux inondait ce domaine de douze hectares situé au pied de la montagne. Tout était parfaitement calme quand le commando de Krim pénétra dans la cour.
Assis sur son tracteur qu'il rangeait dans le hangar, Alphonse Seruat dit à son père en voyant les soldats pénétrer dans le domaine : « Certainement une patrouille qui rentre d'opération et qui doit avoir soif... Tu devrais les inviter à boire un coup et ouvrir une de tes bonnes bouteilles pour la circonstance.
Mais en voyant la tête de ces soldats Alphonse Seruat comprit vite son erreur ; il sauta en toute hâte de son tracteur et courut en direction de la maison pour prévenir sa femme et son enfant. Il hurlait de toutes ses forces : « Claire, Claire, les fellagha ! Les fellagha sont là ! !... »
Quand elle vit Alphonse rentrer dans la grande pièce qui servait de salle à manger, poussé par un militaire arabe qui tenait un fusil de chasse à la main, elle poussa un cri.
Pendant ce temps, Ouamrane et ses hommes donnaient l'ordre à Lucien Seruat, âgé de soixante-sept ans, de remettre le tracteur en marche.
? Comme cela les militaires n'entendront rien, avait dit Ouamrane au commandant Krim Belkacem, qui dirigeait les opérations. Le tracteur toussa une fois, deux fois, cracha un épais nuage de fumée noire, puis se mit en route.
La détonation se mêla aux bruits du moteur ; Lucien Seruat resta planté sur sa machine. Sa tête avait basculé en avant, sur le volant, et ses longs bras, secs comme du vieux bois, se balançaient dans le vide. Il était le premier mort de cette tuerie.
Ouamrane et ses hommes rassemblèrent Alphonse Seruat, Claire, son épouse, Gérard, leur fils âgé de quatre ans et Jeanine Sintès, une parente, dans leur maison.
Puis ce fut l'horrible massacre. Les hommes de Belkacem ouvrirent le feu sur leurs malheureuses victimes qui s'écroulèrent sur le tapis blanc du salon que Mme Becket leur avait offert comme cadeau de mariage. Ouamrane s'occupa personnellement du petit Gérard : il lui tira une cartouche de chevrotines à bout portant. Puis, avant de partir, un homme de la bande s'approcha une nouvelle fois des victimes et leur tira une balle de 9 mm dans la tête.
? Je ne veux aucun survivant, aucun témoin, avait ordonné Krim.
Heureusement pour le petit Gérard, la balle que lui tira le fellouze dévia sur la boîte crânienne et s?enfonça dans le tapis.
Avant de s'en aller, comme pour signer leur crime, les fellagha mutilèrent affreusement les corps de M. Seruat et de son fils Alphonse. D'un coup de razoir, ils leur coupèrent les parties génitales et les enfoncèrent dans la bouche de Mme Seruat. Gérard restera le seul témoin de cette tuerie.
Plus loin, à la ferme Bénéjean, située à quatre cents mètres de celle des Seruat, ce fut le même scénario.
La famille Bénéjean venait de terminer les travaux de la ferme et s'était réunie dans la grande cuisine pour prendre un verre. Soudain, Lounici, le gardien musulman ouvrit la porte.
? Monsieur Bénéjean, venez vite, il y a des militaires dehors qui ont arrêté M. André ; ils viennent vers la maison.
Emile Bénéjean, que tout le monde, à Palestro, appelait familièrement « Milou », jeta un regard par la fenêtre et vit en effet son père entouré par des militaires en tenue de campagne qui le poussaient devant eux avec une mitraillette.
Ce n'est qu'une fois qu'ils eurent pénétré dans la cuisine qu'Emile comprit lui aussi qu'il ne s'agissait pas de Français mais bien de fellagha.
? Allez, tout le monde les mains en l'air et mettez-vous contre le mur, dit Ouamrane qui s'exprimait dans un excellent français. Je viens des Aurès, je suis officier de l'armée de libération nationale ; n'ayez pas peur, nous ne vous ferons aucun mal ; nous ne sommes pas des assassins ! Donnez-nous de l'essence et votre argent.
? Je n'ai que dix mille francs à la maison, répondit Emile Bénéjean, si vous le voulez bien, je vais aller les chercher pour vous les donner.
L'un des hommes, armé d'une mitraillette, repoussa Ouamrane en arrière et dit à Emile Bénéjean :
? Tes dix mille balles, tu peux te les mettre au cul, je n'en ai rien à foutre, ce que je veux, ce sont tes armes.
? Je vous en supplie, prenez tout ce que nous avons, mais ne nous tuez pas ; nous ne sommes que des ouvriers qui travaillons la terre pour vivre.
? Pour nous, vous êtes des roumis, des chiens, des serpents galeux.
Mme Bénéjean s'approcha de son mari et lui prit la main. C'est ainsi qu'ils moururent, tandis qu'André Bénéjean ne fut que légèrement blessé à l'épaule.
Les croyant tous morts, les fels allèrent chercher des jerricans d'essence, arrosèrent abondamment la maison et y mirent le feu, avant de s'en aller vers une autre ferme gérée par un autre Européen, M. Mary.
Comme les deux autres, celle de M. Mary n'était qu'à une centaine de mètres à peine de la route nationale qui mène à Constantine.
Heureusement pour lui, M. Mary s'était absenté de sa ferme pour acheter des cigarettes au village de Palestro.
Fous de rage, les fels tuèrent toutes les bêtes de l'étable et même le chien, Ritou, qui était attaché à une chaîne dans la cour.
Quand M. Mary revint, sa femme brûlait et il découvrit le corps de Ritou criblé de balles.
....
Massacre d'une famille en Oranie
Témoignage recueilli par Hervé CUESTA dans le dernier numéro d'Aux Echos d'Alger
Depuis quelques jours une espèce d'hystérie collective s'est emparée de la presse et de l'audiovisuel mettant en cause le comportement de l'armée Française durant la guerre d'Algérie. D'anciens soldats du contingent éprouvent aujourd'hui, disent-ils, un besoin impérieux de parler.... de dénoncer Certaines dérives qu'aurait pu commettre notre armée durant ce conflit. Aussi, j'ai décidé à mon tour de parler, de raconter...
Tout ce qui va suivre est un témoignage destiné aux générations présentes et à venir, afin de ne jamais oublier le martyre qu?ont subit ces Français d'Algérie, véritable génocide que la France a caché.
Je veux raconter...
Les toutes premières victimes innocentes, qui au lendemain de la Toussaint sanglante, pour la plupart des femmes et des enfants, étaient retrouvées affreusement mutilées, mais ceci n'allait être que le prélude d'une extermination qui devait durer plus de sept ans.
Alors que je me trouvais avec mon unité en Oranie, nous étions chargés d?assurer la protection de femmes isolées et au cours de la journée nous passions les voir afin de les rassurer. Je me souviens en particulier d'une famille de cultivateurs dont leur ferme n'était qu'à une vingtaine de kilomètres de notre base, elle était composée du père, de la mère et de quatre enfants dont l?aînée, une fillette de quatorze ans et le dernier âgé seulement de quelques mois, ils avaient installé sur le toit une sirène à air comprimé qu?ils devaient déclencher en cas d?attaque. Je me souviens de cette nuit où le hurlement lugubre de la sirène semblait nous dire : « dépêchez-vous » .
Je veux vous raconter ce que nous avons retrouvé à notre arrivée :
La grange était en feu, dans la cour la fillette était au sol, morte et entièrement dévêtue, après l?avoir violée ils lui avaient tranche la tête et déposée entre ses jambes nues. Mes hommes et moi étions pétrifiés, incapable de bouger, le plus jeune du groupe a vomi et a refusé d?aller plus loin.
Nous nous sommes dirigés vers l?entrée de la maison et là, dans la grande pièce qui servait de séjour, j'ai découvert ce qu'on appelle l'horreur, le père était étendu près de la grande table qui occupait le centre de cette pièce, son visage, les yeux grand ouvert disaient encore sa souffrance et sa bouche entre-ouverte avait vainement tenté de prendre un peu d'air quand ils l'ont égorgé, son pantalon était rabattu sur ses chaussures.
Il était émasculé et il y avait du sang partout sur le sol.
Sur la grande table gisait sa femme, la jupe retroussée sur sa poitrine, une grande plaie allant du pubis jusqu'à la taille et par où s?échappaient ses viscères qui pendaient le long de la table.
Un peu plus loin sur le sol, une « bouillie » sanguinolente qui de prime abord ne ressemblait à rien, était en fait les deux garçons sur qui les terroristes s?étaient acharnés probablement à coup de barre transformant leur tête en une espèce de galette rouge dont la cervelle striait de blanc cette flaque.
Enfin je dois raconter aussi comment nous avons découvert le quatrième enfant. Un bébé d?une quinzaine de mois, comment décrire la scène tant cela est hideux, dans la cheminée éteinte ils s?étaient servi du tournebroche pour empaler l?enfant, le pique qui traversait son corps ressortait près du cou, sa tête pendait et ses mains touchaient les cendres du foyer.
Il flottait dans la pièce une odeur fade, et je sais à présent ce que l?on appelle l?odeur de la mort ; Les corps étaient encore chauds preuve que le massacre venait d?avoir lieu, les salopards ne devaient pas être bien loin.
Nous avons roulé les cadavres dans nos toiles de tentes afin de les ramener à notre camp, et j?ai du personnellement retirer le pique qui empalait le bébé car les hommes qui m?accompagnaient ont refusé de toucher le petit corps meurtri et je ne voulais pas, par respect pour cet enfant dont le seul crime avait été de naître européen, que d?autres le voient.
Peut-on imaginer que des êtres humains puissent commettre de tels actes au nom d?une quelconque idéologie sans devenir eux-mêmes des animaux.
Jean-Claude KESSLER
Le cas de Langiano et Falcone
EXTRAITS DU LIVRE "AFIN QUE NUL N'OUBLIE"
de José CASTANO
De Perpignan, Montpellier, Marseille, Nice, Lyon affluaient les renseignements qui alimentaient la chronique journalière des média et plaçaient de plus en plus le Gouvernement dans une situation inconfortable et embarrassante.
ICI, on apprenait comment se déroulait une séance de torture : Jour et nuit, cagoule sur la tête, les malheureux étaient fouettés nus, battus à coups de tuyau de caoutchouc, leurs organes sexuels "traités" au 220 volts pendant deux heures. Ensuite, une demi-heure de "repos" puis les sévices reprenaient à coups de pieds dans le ventre, entre autres (1).
LA, il était question d'employer les détenus aux travaux d'utilité publique ": construction de routes et même d'une base militaire secrète en plein Sahara, "déminage" à la frontière tunisienne. Les hommes devaient avancer droit devant eux, jusqu'au moment où ils sautaient sur une mine. On les achevait, si besoin était, d'une balle dans la nuque.
Et puis ce cas abordé le 4 Novembre 1963 devant le Sénat par le sénateur Dailly, en présence du prince de Broglie (qui restera de marbre) et repris de concert par la presse :
" le 4 mars 1962, donc trois mois après les accords d'Evian, Guy Lanciano et Daniel Falcone sont enlevés à Alger, dans le quartier du Ruisseau. Ils subissent pendant quarante et un jours des tortures effroyables à la villa Lung : on leur coupe le nez, les oreilles, on crève les yeux de l'un, on matraque l'autre ; il a perdu l'usage de la parole. L'aveugle peut parler ; celui qui voit ne parle plus."
Ils seront libérés par un commando de l'OAS et remis aux services médicaux de l'armée française à l'hôpital Maillot. Leur état physique est tellement dégradé qu'on les garde longtemps... trop longtemps dans cet hôpital... jusqu'au mois d'avril 1963, période à laquelle la Croix-Rouge avise les familles de leur transfert à l'hôpital de Nancy par avion sanitaire. JAMAIS ces familles ne les reverront! ...
Le Sénateur Dailly interpelle de Broglie sur cette disparition. Réponse du Ministre :
"L'affaire est sans doute compliquée : il subsiste quelques points obscurs. Je fais actuellement poursuivre sur le territoire national des recherches extrêmement poussées.
Inutile de préciser que ces recherches - si elles ont vraiment eu lieu - n'ont jamais abouti...
---oOo---
«l?Agonie d?Oran»de Geneviève de TERNANT
(editions J.Gandini - Calvisson)
recueilli P.285 du Tome 1 du livre
---oOo---
Le cas de Langiano et Falcone
Deux jeunes gens torturés et mutilés.. Langiano, vingt ans, et Falcone, dix-sept ans et demi, des enfants du quartier populaire d'Alger-le-Ruisseau.
Le 4 mai 1962, donc trois mois après Evian, ils sont enlevés, subissent quarante et un jours de tortures effroyables à la villa Lung : on leur coupe le nez, les oreilles, on crève les yeux de l'un, on matraque l'autre ; il a perdu l'usage de la parole.
L'aveugle peut parler ; celui qui voit ne parle plus.
Ils ont été libérés par un commando et remis aux services médicaux de l'armée française à l'hôpital Maillot.
Les familles sont prévenues par une femme de salle, laquelle ensuite les prévient de leur rapatriement en France.
La Croix-Rouge Française est avisée de leur rapatriement en France par la Croix Rouge Internationale. Ils sont partis pour Nancy.
Je vous lis d'ailleurs l'article du journal «Le Méridional» qui relate cette affaire.
Voici seize mois qu'un père, une mère gravissent le plus terrible calvaire : Leur fils Daniel Falcone, à cette époque âgé de dix-sept ans et demi, avait été enlevé le 4 mai 1962 alors qu'avec un camarade il se rendait du Ruisseau au port d'Alger.
Demeurés à Alger durant plusieurs mois pour effectuer des recherches, M. et Mme Falcone ne pouvant plus tenir dans l'enfer algérien, décidaient de regagner la France.
Ils devaient bientôt apprendre que leur fils avait été libéré entre le 11 et le 13 juin.
En avril 1963, M. Falcone recevait une lettre de la Croix Rouge Internationale de Genève, lui disant que Daniel était vivant.
Grand blessé de la face, il avait été rapatrié à bord d'un avion sanitaire dirigé sur Nancy. Le délégation de Marseille de la Croix Rouge Française, avisée par le C.I.C.R., confirmait la nouvelle.
Immédiatement, M. Falcone se rendait à Nancy, Aucune trace de son fils dans aucun hôpital.
A Lyon, à l'hôpital Edouard Herriot, il parcourait tous les pavillons. Là non plus, aucun résultat.
Les demandes de recherches faites officiellement devaient rester vaines
.(Journal Officiel, p. 2572)
La bombe du Mil-Bar d'Alger
Témoignage recueilli par Hervé CUESTA dans le dernier numéro d'Aux Echos d'Alger
je veux raconter?
Quelques mois plus tard j?ai reçu une nouvelle affectation qui m?a conduit dans la casbah d?Alger et avec mon unité nous étions charges de maintenir l?ordre et la sécurité dans cette ville où le terrorisme faisait de nombreuses victimes innocentes.
De gardes en patrouille et de patrouille en intervention, le temps s?écoulait rythmé par le bruit des explosions et le hurlement des sirènes jusqu?à cette terrible journée du 30 septembre.
Ce jour là avec ma patrouille je devais assurer le maintien de l?ordre dans le secteur de la rue d?Isly.(ALGER)
Vers 18h 30 nous avons entendu une terrible explosion qui a ébranlé le sol. Nous nous sommes rendus immédiatement sur les lieux : une bombe de forte puissance avait explosée place Bugeaud au Milk-Bar. Comme son nom l?indique on y servait que des boissons non alcoolisées, c?était donc un lieu privilégié par les mamans et leurs jeunes enfants.
En moins de quatre minutes nous sommes arrivés sur les lieux. Une fumée épaisse sortait par la porte éventrée et nous avons été les premiers à y pénétrer.
Quel massacre !
Il y avait des petits corps partout, que l?on distinguait mal à cause de la fumée. Il nous fallait enjamber ces débris humains et puis toujours ce sang, du sang partout, même au plafond. J?avais envie de hurler devant ces corps d?enfants disloqués, des cris et des gémissements emplissaient la salle. Il fallait faire vite pour les évacuer avant qu?ils ne soient vidés de leur sang tant leurs blessures étaient graves. Je me suis baissé pour ramasser le corps qui se trouvait tout contre ma botte, c?était une petite fille de sept ou huit ans dont je distinguais mal ses traits tant la fumée était dense. J?avais passé un bras sous la nuque et l?autre sous les fesses. J?étais surpris de sa légèreté mais j?ai compris en arrivant sur le trottoir où la fumée commençait à se dissiper que la fillette que je tenais contre moi n?avait plus de jambes. Quelques lambeaux de chair adhéraient à mon avant-bras , sa jambe gauche, celle qui n?était pas contre moi avait été arrachée laissant apparaître un trou d?où sortaient des viscères.
Cet enfant ne souffrait plus. Elle était morte mais je n?arrivais pas à détacher mon regard de ce petit corps meurtri à tout jamais. Avait-elle souffert longtemps ? A quoi avait-elle pensé quelques instants avant que la mort ne la prenne ? A t-elle compris ce qui lui arrivait ?
Pourquoi toutes ses questions me harcelaient ?
Encore aujourd?hui je ne saurais le dire? Mais il fallait que je rentre à nouveau dans le Milk-Bar, d?autres blessés attendaient du secours.
Durant plus d?une heure, mes hommes et moi avons vécu un cauchemar au contact de tout ce sang, de tous ces corps mutilés.
Ces voyous avaient pris la vie à sept enfants et mutilé presque cinquante autres ce jour-là.
Parmi toutes les horreurs que j?avais côtoyées durant ces dernières semaines, le carnage du Mil-Bar m?aura profondément traumatisé, car on s?en était pris à des enfants et à leur mère. C?est pour cette raison que je ne pourrai jamais leur pardonner.
Jean-Claude KESSLER
34430 St.Jean-de-Védas
Tortures racontées par le Bachaga Boualam
A l'inverse des victimes du FLN-ALN les torturés de l'armée Française semblent avoir jouies de beaucoup plus de chance de pouvoir 38 ans après raconter leurs petites misères.
Je souhaiterai que nos compatriotes puissent raconter comment ils ont perdu des êtres chers victimes des bouchers FLN-ALN + communistes français?et porter plaintes pour crimes contre l'humanité envers ces derniers jamais inquiètes ni avant ni après 1962.
BOUALAM p121: ..." Alors, sur de ne braver aucun danger, "les vaillants guerriers".. envahir la cour et toujours sous la menace des armes firent sortir mon frère, les bras en l'air.
"Leur chef Serafini, influent membre du parti communiste qui avait gagné le maquis une semaine auparavant, s'adresse à mon frère :
"Traître, tu crois jouir de l'impunité alors que les tiens ainsi que toi, êtes responsables de la mort des patriotes communistes. Tu vas payer leur mort.
Serafini ordonna la fouille de la maison et la saisie de ce qui avait un peu de valeur, armes , bijoux, argents, etc? "...
p.122 : ..." Sous les yeux horrifiés de toute la famille, ils s'acharnèrent sur lui avec une incroyable sauvagerie. Il reçut une décharge de chevrotine dans le bas ventre tirée à bout portant, des balles de pistolets l'atteignirent à la tête puis des coups de couteau lui furent portés sur tout le corps et enfin au c?ur. Satisfaits les tueurs repartirent dans la nuit....
...Le 28 janvier 1958 mon second fils "Abdelkader" partit au cours de l'après-midi à Moulay Abdelkader en compagnie de mon beau-frère et de trois harkis.
La route avait été creusée sur plusieurs mètres de large. La jeep dut ralentir. A ce moment, l'embuscade se démasqua. Une quinzaine de rebelles ouvrirent le feu profitant de l'effet de surprise. Des cinq passagers de la jeep, il n'y eut qu'un survivant, un harki blessé, mais il devait par la suite mourir au cours d'une autre embuscade. "...
p.124 : ..." A quelque temps de la mon beau-frère, El Hadj, était capturé par les rebelles, arrosé d'essence et brûlé vif. Deux autres beaux-frères moururent à leur tour sous les couteaux des égorgeurs. Un fils, dix-sept parents très proches, quinze parents éloignés, plus de trois cents morts dans mon douar, voila avec quoi, moi Said Boualam, j'ai payé le droit de rester en France envers et contre tous, j'ai payé le droit de m'installer parmi les moustiques de la plaine de la Crau. "...
P125: ..." Il y a eu dans le djebel Nador et dans le djebel Ast et Bégra de sérieux accrochages. Nous avons eu des pertes, il faut en convenir, mais en quatre années, les sept katibas de 1958 ont du renouveler leurs effectifs; partout Européens et Musulmans mouraient dans d'épouvantables tortures. La presse Française a minimisé le récit de ces drames quotidiens, mais les militaires qui sont passés par l'Algérie garderont toujours au c?ur les atrocités qu'ils ont découvertes. Hommes égorgés et mutilés, femmes violées avant d'être assassinées, enfants épinglés aux murs au bout de baïonnettes, tels des papillons, bétail mutilé, égorgé. C'était cela la guerre d'Algérie. Ces tueurs qui s'acharnaient sur tout ce qui représentait la France, sa civilisation et surtout les familles musulmanes.
Il faut avoir vu avec folie destructrice, ils ont incendié les écoles construites par la France, scié les poteaux électriques, creusé les routes, coupé les ponts, détruit les figuiers, les orangers pour comprendre que ne les animait pas le seul but de l'indépendance. "...
p157: ..." et le commando Georges? Ces hommes après s'être illustrés pendant des années au combat ont été désarmés, ils ont été massacrés. Leurs deux officiers d'active, Français musulmans ont subi une mort ignominieuse. Voila, messieurs, le sort que subiront trop des nôtres. "...
p183: ..." Puis le 3 juin au soir , au douar Béni-Rached, situe a trente kilomètres au nord-est d'Orléansville, un acte de terrorisme était commis. Quatre Musulmans furent assassinés, mais on était loin de se douter, à ce moment, que des européens participaient à ces meurtres.
(maquis rouge de Maillo, laban..tous deux communistes)
Je cite au passage qu'aucune de ces victimes aura la chance de raconter son calvaire contrairement à celles soit disant torturées par l'Armée Française.
p237: ..." Silence sur les massacres, les exactions, les violes, les tortures, les enfants, les femmes martyrisés, brûlés vifs, les hommes enlevés, torturés. Mais Français, ils étaient Français!
EVIAN, le silence continue?.Silence sur les cent cinquante mille vieillards européens et musulmans qui meurent de faim dans les asiles et attendent le dégagement.
Silence sur les harkis fidèles suppliciés, sur les soldats Français désarmés et exposés au massacre, sur les femmes violées, les hommes enlevés, les enfants la tête écrasée contre les murs.
Silence sur cette information - une entre mille - que vous n'avez pas lue dans votre quotidien habituel : à Mongolfier , localité proche de Relizane, dans la nuit du 4 au 5 août, des éléments incontrôlés de l'ALN ont enlevé le gendarme Robert, sa femme et ses deux enfants. Le gendarme réussit à s'échapper alors qu'il allait être abattu et à rejoindre sa brigade. Les autorités militaires consulaires et préfectorales sont aussitôt intervenues avec la plus grande énergie auprès du commandant zonal de l'ALN, qui s'est engagé à remettre en liberté Mme Robert et ses enfants.
Le samedi 11 août, l'ALN, a remis au commandant de la gendarmerie, les restes décomposés et récemment exhumés de la femme du gendarme et de ses deux garçons agés de 5 et 7 ans. "...
Je re-cite qu'eux ne viendront pas se plaindre des petites misères dont les fellaghas sont devenus des experts. L'Humanité (drôle d'humanité) s'est bien gardée de publier cette information et toutes celles où leurs amis du FLN étaient mêlés.
Je reconnais néanmoins avoir éprouvé du plaisir lorsque les communistes se sont crus libre de rester en Algérie après l'indépendance en remerciements des services rendus au FLN et comme tous roumis qu'ils étaient certains furent massacrés et le reste prirent qui avions qui les bateaux pour rentrer en France " dare dare ". Ils ont eu le culot ensuite de s'inscrire aux listes des rapatriés pour percevoir la prime offerte par le gouvernement. L'argent n'a pas d'odeur ;mais leurs mains puent le sang d'innocents dont ils se sont fait les assassins et les complices.
Comme le dit si bien Boualam :" La confusion s'est installée dans les esprits, les c?urs et les âmes. Les égorgeurs sont appelés ; Monsieur le Président, Monsieur le Ministre. Les victimes : des activistes, des fascistes, des pieds-noirs, des gangsters. Les Musulmans Français ; des traîtres.
Boualam : mot de la fin " Pour ceux qui ont préfère les assassins, ceux qui se sont tus et se taisent, je leur demande une dernière fois s'ils pensent avoir agi vraiment pour le plus grand honneur de la France?
Si oui, je les plains, moi qui sais que chaque soir l'OUED QUI COULE PRES DE MA MAISON CHARRIE DE L'EAU ROUGEOYANTE ET QUE CE N'EST PAS DU AUX REFLETS DU SOLEIL.
Le Mas-Thibert, 9 septembre 1962.
Combien de sang a coulé et coule toujours sur ce sol Algérien depuis le 1er Juillet 1962. Personne a le courage de lever le petit doigt pour arrêter le massacre encore moins les médias. Normal puisque nous ne sommes plus la bas.
Terrorisme FLN en France
Tueurs et porteurs de valises
Le terrorisme algérien n'est pas un phénomène nouveau. Durant les années noires de la guerre d'Algérie, les attentats se sont multipliés sur le sol de la métropole. Une histoire pas si lointaine qui permet de mieux comprendre les réalités d'aujourd'hui.
Tout a commencé, non en 1954, mais au matin du 25 août 1958 où les Français découvrent avec stupeur que la guerre d'Algérie a franchi la Méditerranée. Dans la nuit, une série d'attentats ont été commis simultanément dans plusieurs régions : postes de police attaqués, policiers et militaires tués, voies ferrées sabotées, dépôts d'essence et raffineries incendiées.
En Algérie même, l'ALN est alors en pleine déroute, saignée à blanc par les paras, la Légion et les commandos de chasse. Aussi cette diversion, amplifiée par la presse et les radios du Moyen-Orient, est-elle reçue, au Caire, par la direction extérieure du FLN « comme un véritable ballon d?oxygène ».
Il a fallu près de quatre ans aux dirigeants du FLN pour mettre en place, parmi les quelques 300000 immigrés algériens que compte la France de l'époque, une organisation politico-militaire capable de les contrôler. Cela ne s'est pas fait sans mal.
Plusieurs fois la police en a démantelé la direction.
Sur son propre terrain, le FLN s'est d'abord attaché à éliminer l'organisation concurrente, le MNA de Messali Hadj, et à s'imposer à toute l'immigration. Cela se fait à coups de couteau et à coups de pistolet. Ces « règlements de compte entre Nord-Africains », pour utiliser l'expression consacrée par la presse, vont faire environ plus de 4 000 morts et 8 000 blessés parmi les musulmans immigrés. Chiffre énorme qui montre l'importance de l'enjeu. Cette lutte interne se poursuivra jusqu'à l'indépendance. Cependant, dès 1958, le FLN est maître du jeu, ses adversaires ne menant plus qu'un combat d'arrière-garde.
Deux ouvrages nous renseignent avec précision sur le sujet. Tout d'abord celui d'un acteur du côté algérien, Ali Haroun, La 7ème Willaya (Le Seuil. 1986)
Ancien dirigeant de la fédération de France du FLN, Me Ali Haroun reste un partisan qui n'a rien oublié des haines anciennes, et continue de régler en 1986 les comptes de 1962. Son livre, épais, indigeste et assez confus, comporte bien des omissions et des zones d'ombre. Pourtant il explique assez bien ce que fut le développement de l'organisation terroriste, grâce, notamment à de nombreuses complicités, en France même et dans les pays limitrophes. Il faut le compléter par la lecture de La Guerre d'Algérie en France (Presses de la Cité, 1994), écrit par Raymond Muelle, ancien officier des services spéciaux, ayant participé à la guerre secrète contre le FLN et dont la documentation est de première main.
Le « nidham », organisation politique du FLN, quadrille toutes les agglomérations à forte densité algérienne. De gré ou de force chacun doit se soumettre à cette administration parallèle. La fonction principale de l'organisation clandestine est double : servir de vivier au terrorisme et collecter les fonds destinés à financer la guerre du FLN. Haroun conteste le mot mais pas la réalité de ce racket exercé par la violence sur la population algérienne immigrée. Il cite ces chiffres astronomiques et assure que les « cotisations »mensuelles ont représenté 80 % des ressources totales de la rébellion.
Un réseau de banquiers complaisants
Sortir l'argent de France pour le mettre à la disposition de la direction extérieure du FLN au Caire, à Tunis ou au Maroc, via la Suisse, est la tâche dévolue à des Français enrôlés dans des réseaux de soutien. Recrutés le plus souvent parmi les progressistes intellectuels et les chrétiens de gauche, ces « porteurs de valises » sont poussés par un mélange de culpabilité, d'espoir, de rédemption, de romantisme révolutionnaire et de haine de leur propre communauté, quand ce n'est pas par simple passion amoureuse.
Haroun, qui semble assez réservé pour la personne et le rôle de Francis Jeanson, le plus connu des « porteurs de valises », nous apprend au passage que l'aide la plus efficace fut apportée par le réseau d'Henri Curiel, habituellement considéré comme un sous-marin des services soviétiques (1). Sans en dire plus, l'auteur fait allusion à un
« réseau de banquiers [qui] prenait livraison des fonds à Paris et les virait à Genève moyennant une commission tout à fait raisonnable. Durant l?année 1960, ce réseau aura transféré un montant , de 3 189 619 699 francs français [anciens]. »
Une somme qu'il faudrait multiplier par dix pour l'actualiser.
Les réseaux de soutien ne se limitent pas au passage des frontières avec ou sans valises. Jacques Charby organise un réseau d'hébergement des dirigeants et des tueurs du FLN recherchés par la police. « Il s'adresse à ses amis, gens du spectacle, du cinéma et de la télévision ». Haroun cite de nombreux noms plus ou moins connus qui figuraient déjà dans la complaisante hagiographie de Hervé Hamon et Patrick Rotman (Les porteurs de valises, Albin Michel).
Il apporte des précisions qui surprendront les Français d'aujourd'hui :
« Des réunions de chefs de willaya se tiendront dans les bureaux de la maison de production cinématographique dirigée par Serge Reggiani et Roger Rigault. D'autres réunions du même ordre se dérouleront à Villiers-le-Bel, dans la résidence de la comédienne Hélène Duc et de son époux René Catroux, le fils du général. Combien de gens de théâtre, ajoute Haroun, tels Georges Berger, Jean-Marie Beoglin, Jacques Mignot, Marina Vlady ont apporté dans ce domaine une aide multiforme. N'est-ce pas la puissante Jaguar de Françoise Sagan qui permit plusieurs liaisons rapides et sûres?»
Françoise Sagan, le monde du spectacle et le Tout-Paris littéraire furent mis à contribution pour porter les valises du FLN.
L'hébergement n'a pas été le monopole des gens du spectacle. Le terrorisme du FLN a trouvé chez certains ecclésiastiques, dont plusieurs seront identifiés par la police à Lyon (séminaire du Prado) ou à Paris (Missions de France), au sein des syndicats chrétiens et dans les groupuscules d'extrême gauche, un accueil auquel Haroun rend un hommage qui laisse songeur. Quelques médecins français constituent un réseau pour soigner les terroristes blessés au cours d'affrontements avec la police
...
Naïveté et passion partisane
Hors des frontières françaises, dans les pays voisins, en Belgique, en Grande Bretagne, en Allemagne, en Suisse, le FLN trouve des appuis inattendus, parfois haut placés.
?
Très tôt la brûlante question de l'armement s'imposa comme une nécessité vitale. En 1956, à Lyon, Aïssa Noui, responsable local du FLN s'adresse au milieu local par l'intermédiaire de ses correspondants algériens. Une commande est passée, des arrhes sont versées. La livraison sera faite depuis la Belgique. Au jour dit, le camion chargé de salades passe la frontière et pénètre dans le garage lyonnais contrôlé par le FLN. Avec une impatience fébrile, les hommes de Noui entreprennent de vider le camion. Mais au milieu de la montagne de légumes, pas le plus petit 6,35 ! Ils n'ont d'ailleurs pas le temps de s'en indigner car la police fait irruption et coffre tout le monde. Ceux-là resteront détenus jusqu'à la fin du conflit.
L'organisation parisienne essuie au même moment une déconvenue analogue. C'est alors qu'intervient un certain Mehdi Mabed, alias « Chitane » (le diable), ex-instituteur au Maroc, personnage plein d'entregent. Puisque le Maroc récemment indépendant est acquis à la cause, c'est de là que partiront les premières armes. « Chitane » aménage deux voitures, l'une bourrée de pistolets, l'autre de bombes à retardement de fabrication artisanale. Elles transitent par l'Espagne et arrivent successivement à Paris, conduite par la respectable épouse d'un avocat de Casablanca. Les cinquante pistolets et les dix pistolets-mitrailleurs de cette livraison constituent l'amorce du futur arsenal du terrorisme algérien en France.
Où sont passées les armes du FLN ?
En novembre 1956, Abdelkrim Souici, qui vient de purger trois mois de prison et bénéficie d'une mise en liberté provisoire - la Justice républicaine est bonne fille - fait acheter en Italie un lot de pistolets Beretta par l'un de ses hommes. À l'époque, cela présente peu de difficultés. Les armes pénètrent en France dans les bagages d'un paisible touriste.
Une seconde opération « Beretta » sera moins heureuse. Le responsable de l'acheminement décide de les expédier de Nice par la SNCF en bagages non accompagnés. À Paris, gare de Lyon, lors des manipulations, l'une des valises s'écrase, vomissant une cinquantaine de pistolets avec leurs munitions. La police, alertée, tend une souricière dans laquelle tout le groupe de « logistique » se fait coincer.
Quelques jours après le 13 mai 1958, Amar Haddad, surnommé « Amar-zyeux-bleus », arrive par le train à Düsseldorf. Dans un hôtel de la Bismarkstrasse, il rencontre une certaine Mme Bisner, intermédiaire en tous genres, et M. Springer, son associé. Le contact a été préparé depuis Le Caire. On se met d'accord sur trois mille pistolets calibre 9 mm parabellum avec deux chargeurs chacun. Le jour même, le trio se rend dans une usine proche de la frontière de l'Allemagne de l'Est. La marchandise est payée comptant et chargée à destination de Cologne où elle est entreposée avant de pouvoir être acheminée en France.
« Chitane » arrive à son tour en Allemagne. Il a ses propres relations. En l'occurrence, un trafiquant d'armes bien connu des services de renseignements, Georg Puchert. Propriétaire d'une petite flotte marchande, il était le fournisseur en armes des nationalistes marocains avant l'indépendance. Tout naturellement, il offre ses services au FLN (2). Ses premières fournitures, livrées en Allemagne, sont composées d'un lot de pistolets espagnols Astra calibre 9 mm parabellum, de Beretta et de Mauser dans le même calibre.
Encore faut-il stocker puis acheminer ce matériel. Trois villas isolées sont louées. Lune près de Bonn, l'autre aux environs d'Aix-la-Chapelle, la troisième non loin de Francfort. Des ouvriers spécialisés arrivent du Maroc pour aménager des caches et des garages insonorisés, puis transformer des voitures de telle sorte que les armes passent la frontière, camouflées dans la caisse, sans que rien ne trahisse le chargement. Pour les conducteurs, il faut éviter le type nord-africain. On met donc à contribution les réseaux « porteurs de valises ».
Ceux-sont ainsi plusieurs milliers de pistolets et pistolets-mitrailleurs qui pénètrent en France pour armer les groupes de combat et les terroristes du FLN. Pour la seule région parisienne, du 1er janvier 1957 au mois de mai 1960, vingt et un fonctionnaires de police trouvent ainsi la mort et vingt-sept autres sont grièvement blessés.
Du 11 janvier 1956 au 23 janvier 1962 (on a continué de tuer après), les statistiques incomplètes de la Sûreté Nationale font état, pour la métropole, de 11 896 agressions dues à des Algériens : 3 957 Algériens, 150 civils Français, 16 militaires et 53 policiers.
En face, la répression reste souvent impuissante. Moins de 10 % des condamnations à mort prononcées par les tribunaux français sont exécutées.
Il arrive parfois à la police de saisir certaines armes. En mai 1960, la DST arrête à Paris, 314, rue Saint?Honoré, Zina Harraigue, jeune algérienne, et Inge Huscholtz, étudiante allemande. Chez elles, on découvre vingt-sept pistolets-mitrailleurs et quarante-sept pistolets. C'est beaucoup pour deux jeunes filles, dont l'activité préfigure les techniques du terrorisme international, mais c'est peu par rapport à l'arsenal du FLN.
Aussi est-on tenté de poser une question sans réponse :
Que sont devenus les milliers de pistolets et de pistolets-mitrailleurs de la fédération de France du FLN ? Combien d'entre eux ont servi à des attentats terroristes après 1962 ?
Combien dorment encore, soigneusement huilés, dans les caches des « enclaves » algériennes en France ?
Tout en changeant d'appellation, l'emprise de l'organisation politico-administrative du FLN n'a pas cessé et s'est même renforcée.
Elle bénéficie depuis 1962 du soutien d'un État indépendant auquel les gouvernements français successifs ne refusent rien.
La vague de terrorisme qui a frappé la France durant le second semestre de 1995 a révélé que les banlieues à forte concentration immigrée constituent des enclaves de non-droit propices au développement d'une véritable guérilla urbaine pouvant dégénérer en une véritable guerre civile.
Elle est alimentée à terme par le sentiment fanatique d'une guerre religieuse (djihâd) et par une xénophobie antifrançaise qui se propage comme une épidémie chez les plus jeunes des binationaux.
Guy CHAMBARLAC
-Armes et faux papiers découverts en France par la police en novembre 1994, Lors d?une perquisition dans les milieux islamistes
(1) Le 4 mai 1958, Henri Curiel fut victime d'un attentat, dont le mobile reste inconnu et dont les auteurs n'ont pas été identifiés.
(2) Georges Puchert sera exécuté par les services spéciaux français, le 3 mars 1959, dans l'explosion de sa Mercedes.
Dossier issu du Trimestriel ENQUÊTE SUR L?HISTOIRE N°15 ? HIVER 96-
Société EC2M, 60, Bd Malesherbes-75008 PARIS
---oOo---
Dans la liste des gens du spectacle soutenant le FLN vous en oubliez deux et non des moindres Yves Montant et Simone Signoret.
Puis Françoise Sagan, le monde du spectacle et le Tout-Paris littéraire furent mis à contribution pour porter les valises du FLN.
Sans oublier, quelques avocats de renom toujours en vie qui furent chargés de transporter les valises de billets de banque en Suisse.
Quant aux Missions de France, il est exact qu'ils étaient pro FLN, en Algérie, ce furent de braves arabes qui vinrent prévenir l'armée que sous couvert de soins à donner aux populations les prêtres de la Mission de France en réalité venaient prêcher la révolution et l'indépendance.
Cela nous l'avons su dès le début des années 60 par un officier ami de ma famille qui était venu à l'Etat Major à Alger pour faire un compte-rendu à Salan.
Des militaires parlant l'arabe accompagnaient les prêtres de la Mission de France pour les empêcher de pratiquer la propagande.
Ces curés avaient transformé des grottes en hôpital pour soigner les rebelles.
Pour ces curés malsains leur lieu de rassemblement était le monastère de Tibihérine, qui fût attaqué il y a quelques années, et ou bon nombre de moines datant de l'époque anté guerre d'Algérie furent égorgés dans les mêmes grottes qui leur servirent durant la guerre.
Ce jour là, devant mes collègues effarés, j'ai remercié Dieu en disant Allah Ouakbar tournée vers la Mecque !
Dieu ne fait jamais payer le samedi suivant mais envoie toujours la facture.
Mélina
(Marie-Paule TARDY)