1527 - De l'Afrique, contenant la description de ce pays
Léon l'Africain
p.107
Ils sont autant extraordinaire à prendre leur réflexion, comme inconsidérés à pourvoir à leur affaires ; et grandement colères, ne parlant guère qu’ils n’usent d’une voie arrogante et de paroles braves et superbes ; et en voit-on journellement en mille rues à grand coup de poing démêlant leur querelles et différends. Davantage ils sont de vile nature, mécanique et peu estimés de leur seigneurs, qui tiennent communément plus de compte d’une bête brute qu’ils ne font de leurs citoyens même, qui n’ont nuls gouverneurs ni supérieurs pour les conseille touchant leur régie et manière de vivre. Semblablement ils sont peu expérimentés à exercer le train de marchandises, n’ayant nul changes ni banquiers, encore moins personne qui, d’une cité à l’autre, fasse des expédition des affaires.
p.108
Les pasteurs, tant de la montagne comme de la campagne, vivent fort misérablement au labeur de leurs mains, étant en nécessité et misère continuelle ; et s’en trouve bien peu qui ne soient brutaux, larron ou ignorant, qui ne paient jamais la chose qu’ils prennent à crédit, et il y a plus de couard et timides que d’autres.
1833 - Voyage dans la régence d’Alger ou description du pays occupé par l’Armée d’Afrique
Par M. Rozer
p.27
Quand les Berbères veulent quitter leurs montagnes pour aller travailler dans les villes, ils se réunissent le plus qu’ils peuvent et vont trouver un Marabout qu’ils prient de les accompagner jusqu’à l’endroit ou ils désirent se rendre ; et cela parce que leurs tributs étant presque toujours en guerre les unes avec les autres, ils ne pourraient pas les traverser sans être attaquer s’ils n’étaient conduit par un Marabout.
p.29
L’humeur belliqueuse des Berbères et leurs meurs sauvages font que les tribus sont toujours en guerre les unes contre les autres ; ils courent aux armes pour le plus léger prétexte : un mouton volé, un arbre coupé, une femme insultée, voila des griefs suffisants pour s’entretuer. Conduits par leur cheks, et toujours accompagnés des Marabouts, les guerriers armés d’un fusil, d’un yatagan et quelquefois d’une paire de fusils en se cachant derrière les arbres et les rochers, et toujours à une si grande distance, que la guerre finit souvent sans qu’il y ai plus de deux ou trois hommes mis hors de combat : on s’aborde cependant quelquefois ; les vaincus fuient dans les lieux inaccessibles, et laissent les vainqueurs s’emparer de leurs femmes, de leur bestiaux et saccager leurs propriétés. Mais ordinairement ils n’en viennent pas à ces extrémités, après quelques coups de fusils tirés de part et d’autres, les Marabouts, qui sont puissants, leur ordonnent de cesser le feu, et après avoir parlementé les uns et les autres, ils finissent par conclurent un traité par lequel le parti lésé est ordinairement indemniser de ses pertes.
p.189
Cette humeur belliqueuse des Arabes et leur penchant pour le vol sont cause que les tribus en très mauvaise intelligence les unes avec les autres ; le moindre délit, le passage des troupeaux sur le territoire de la tribu voisine, un mouton volé ou même simplement tondu, est suivi d’une déclaration de guerre.
p.199
L’amour de la guerre et la passion du vol sont cause que beaucoup d’Arabes s’occupent uniquement à courir la campagne pour dévaliser les voyageurs. Tout le monde a entendu parler des Bédouins, si redoutables dans les déserts de l’Asie et de l’Afrique. Ceux de la régence d’Alger ne peuvent guère piller que les Juifs et leurs compatriotes ; et bien ! ils le font continuellement.
1885 - Reconnaissance au Maroc
Charles de Foucauld
p.2
Les rôdeurs, surtout en blad el makhzen, font une terrible guerre au pauvre paysan ; leurs rapines d’une part, les exigences du fisc de l’autre, lui laisse à peine, au milieu de ces belles moissons que je viens de traverser, de quoi vivre misérablement.
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Mon désir était de partir le plus possible pour Fâs : mais je tenais à y aller par un chemin déterminé, passant les territoires des Akhmâs, des Beni Zaroual, des Beni Hamed. Je me mis donc, dès mon arrivée, en quête d’un guide qui me conduisit par cette voie. Je rencontrais de graves obstacles. Les tribus dont je voulais traverser les terres étaient insoumises, et de plus célèbres pour leur brigandages ; les caravanes évitaient avec soin leurs territoires ; les courriers n’osaient y passer : on leur prenaient leurs lettres et leurs vêtements ; les talebs mêmes ne s’y aventuraient qu’à condition d’être presque nus. Bref, malgré mes recherches, malgrès mes offres, je n’avait pas encore, après huit jours, pu trouver personne qui se chargeât de me conduire. Je fit une dernière tentative : je m’adressais à des cherifs, à des marabouts de Tétouan : peut-être avaient-ils de l’influence, des amis, dans ces régions, et qui pourrait-on les traverser avec leur protection : partout la réponse fut négative.
p.7
Dans toutes les tribus indépendantes du Maroc, ainsi que dans celles qui sont partiellement soumises, la manière de voyager est la même. On demande à un membre de la tribu de vous accorder son qnaïa : protection, et de vous faire parvenir en sûreté à tel endroit que l’on désigne : il s’y engage moyennant un prix que l’on débat avec lui, zetata : la somme fixée. Il vous conduit au vous fait conduire par un ou plusieurs hommes jusqu’au lieu convenu ; là on vous laisse qu’en main sûres, chez des amis auxquels on vous recommande. Ceux-ci vous mèneront ou vous ferons mener plus loin dans les mêmes conditions : nouvelle anaïa, nouvelle zetata, et ainsi de suite. On passe de la sorte de main en main jusqu'à l’arrivé au terme du voyage. Ceux qui composent l’escorte sont appelés zetat ; leur nombre est extrêmement variable, je l’indiquerais toujours : on verra qu’un seul homme suffi parfois, lorsque ailleurs, souvent très près, quinze ne suffisent pas. L’usage de l’anaïa, appelé aussi mesrag, forme une des principales sources de revenu des familles puissantes. C’est à elles en effet, que les voyageurs s’adressent de préférence, la première condition chez une zetat étant la force de faire respecter son protégé. Il y a une seconde condition essentielle qu’il faut chercher en lui : c’est la fidélité. En des lieux où il n’y a ni loi ni justice d’aucune sorte, ou chacun ne relève que de soit même, des zetats peuvent piller, égorger, chemin faisant, les voyageurs qu’ils avaient promis de défendre ; nul n’a un mot a leur dire, nul n’a un reproche à leur faire ; c’est un accident contre lequel rien au monde ne peut garantir : une fois en route avec des zetats, on est entièrement à leur merci. Aussi faut-il les choisir avec la plus grande prudence et, avant de demander à un homme son anïa, s’informer minutieusement de sa réputation. D’ailleurs, quoiqu’on en voie un très grand nombre qui trahissent, soit ouvertement en vous pillant eux-mêmes, soit par stratagème en vous faisant dépouiller par un autre parti plus nombreux auxquels ils donnent le mot ; quoiqu’il y en ai d’autre qui vous abandonnent chemin faisant, après s’être fait payer d’avance, ou bien qui ne consentent à vous accompagner jusqu’au bout qu’à condition de d’augmenter leur salaire, malgré ces genres divers de trahison, genres que j’ai expérimenté sans exception, on trouve aussi des honnêtes hommes, qui les uns par sentiment d’honneur, les autres pour garder intacte une réputation sources de nombreux bénéfices, non seulement vous conduisent fidèlement jusqu'à la fin,mais montre même un dévouement qui va jusqu'à risquer leur vie pour vous défendre.
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Taza est sous domination nominale du sultan. De fait elle est au pouvoir de la puissance tribu des Riata, qui en font la ville la plus misérable de terre. Le sultan y entretient un caïd et une centaine de mkhazni ; ils vivent enfermés dans le méchouar, d’où ils n’osent sortir par peur des Riata. L’autorité du caïd est nulle, non seulement au dehors, mais dans la ville même : ses fonctions se bornent à rendre la justice aux citadins et aux juifs dans les différents qu’ils ont entre eux. Quand aux Riata, sur le territoire du quel se trouve Tâza, ils traitent cette cité en pays conquis, y prenant de force ce qui leur plait, tuant sur l’heure qui ne leur cède pas de bonne grâce. Au dehors, ils tiennent la ville dans un blocus continuel ; nul n’ose sortir des murs sans être accompagné d’un Riati : quiconque s’aventurerait, ne fut-ce qu’à 100 mètres, serait dévalisé, maltraité, peut-être tué : c’est au point que les habitants ne peuvent pas allé seuls remplir leurs cruches à Ouad Tâza ; les Riata ont ainsi le monopole de l’eau, qu’ils apportent chaque jour moyennant salaire. Au-dedans, la ville est encombrée de Riata ; on en voit sans cesse un grand nombre flânant dans les rues, un grand nombre assis soit devant les portes, soit à l’intérieur des maisons, soit sur les terrasses : on les reconnaît à leur sabres et à leur fusil, qui ne les quittent pas ; ils s’installent où bon leur semble, se font donner à manger ; s’ils aperçoivent une chose qui leur plaise, ils ma prennent et s’en vont. Le jour de marché, ou ils sont les plus nombreux encore que d’ordinaire, nul n’ose passer dans les rue avec une bête de somme, de peur de se la faire enlever. En outre, de temps en temps ils mettent la ville en pillage réglé ; aussi, dès qu’un habitant a quelqu’argent, il se hâte de l’envoyé en lieu sûr, soit Fâs, soit Qaçba Miknâsa. C’est un spectacle étrange que celui de ces hommes se promenant en armes dans la ville ennemie le jour de l’assaut. Il est difficile d’exprimer dans laquelle vit la population. Aussi ne rêve-t-elle qu’une chose, la venue des Français. Que de fois ai-je entendu les Musulmans s’écrier : « Quand les français entreront-ils ? Quand nous débarrasseront-ils des Riata ? Quand vivront nous en paix comme les gens de Tlemsen ? » Et de faire des vœux pour que ce jour soit proche.
p.40
Nous quittons donc pour longtemps les Etats du sultan, le blad el makhzen, triste région où e gouvernement fait payer cher au peuple une sécurité qu’il ne lui donne même pas ; ou entre les voleurs et le caïd, riches et pauvres n’ont point de répit ; où l’autorité ne protège personne, menace les biens de tous ; où l’Etat encaisse toujours sans jamais faire une dépense pour le bien du pays ; ou la justice se vend, ou l’injustice s’achète, ou le travail ne profite pas ajouter à cela l’usure et la prison pour dette : tel est le blad makhzen. On travaille le jour, il faut veillez la nuit : ferme-t-on l’oeil un instant, les maraudeurs enlèvent les bestiaux et récoltes ; tant que l’obscurité dure, ils tiennent la campagne : il faut placer des gardiens ; on n’ose sortir du village ou du cercle de tente ; toujours sur le qui-vive. A force de fatigue et de soins, a-t-on sauvé la moisson, les as-t-on rentrées, il reste encore à les dérober au qaïd : on se hâte de les enfouir, on crie misère, on se plaint de sa récolte. Mais les émissaires veillent ; ils ont vu que vous alliez au marché sans y acheter de grains : donc vous en avez, vous voila signalé : une beau jour une vingtaine de mkhaznis arrivent ; on fouille la maison, on enlève le blé et le reste ; avez-vous des bestiaux, des esclaves, on les emmène en même temps : vous étiez riche le matin, vous êtes pauvre le soir.
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Les Gerouân ont, avec les voyageurs, le système de quelques tribus limitrophes du blad el mkhzen : elles ne pillent ni ne donnent d’annaïa, mais à chaque douar devant lequel on passe, on vous arrête et il faut payer un droit arbitraire, la zetata : une troupe de cavalier et de fantassins vient se mettre en travers du chemin et se la fait donner les armes à la main. En deux heures, nous avons eu cinq fois affaire à des députations de ce genre. Ce sont les seuls être humains que nous avons rencontrer sur notre route.
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Pendant la route, nous n’avons rencontré personne, si ce n’est une troupe d’une vingtaine de Zaïan qui se sont joints à nous dans la Tafoudeït et nous ont suivis jusqu’à la frontière de leur tribu : c’était des pauvres ; la plupart n’avaient qu’un burnous pour tout vêtement, rien sur la tête, à la main un grand sabre de bois : ils m’ont paru gens fort irascibles ; à chaque instant ils se prenaient de querelle entre eux, et c’étaient aussitôt de grand coup de sabres ; ils y mirent tant d’ardeur qu’il fallut en emporter deux tout sanglant dans leur bernous.