1826 - Esquisses de l'Etat d’Alger
William Shaler, consul général des Etats-Unis à Alger.
p.42
La maxime enseignée pendant des générations que les Turcs sont nés pour le commandement et les Algériens pour l’obéissance, a perdu avec le temps son caractère odieux, et n’est ici qu’un simple axiome politique.
p.44
Partout le Turc a la préséance sur le naturel; et dans les rues, ce dernier lui laisse toujours le passage libre. De temps immémorial, ils sont persuadés qu’ils ont le droit d’entrer dans les jardins qui avoisinent Alger, et d’y prendre ce qu’ils leur plaît, fleurs, fruits et légumes. Ils n’oublient pas d’exercer ce droit dans sa plus grande expansion, sans excepter même de la loi commune les jardins des consuls étrangers.
1833 - Voyage dans la régence d’Alger ou description du pays occupé par l’Armée d’Afrique
Par M. Rozer
p.76
La race maure altérée, comme nous l’avons dit dans le commencement de ce chapitre, compose à elle seule la plus grande partie de la population des Etats algériens; mais comme c’est la moins active et la moins belliqueuse, à l’exception des juifs cependant, elle vit dans une espèce d’oppression: dans les villes où il y avait une garnison turque, les Maures étaient soumis à beaucoup plus de vexations que des Mahométans ne devraient en supportaient de leurs coreligionnaires. Dans la campagne ils étaient opprimés par les arabes et les Berbères qui les pillaient bien souvent, sans qu’ils osassent prendre les armes pour se défendre.
p.122
Les Turcs connaissaient parfaitement le peuple auquel ils avaient affaire; ils savaient que la crainte seule pouvait la retenir dans le devoir: la moindre contravention aux lois étaient punie de coup de bâton: l’abus de confiance de la perte d’un membre; on perdait la vie pour le moindre crime, et quand un Turc avait été assassiné, trente têtes payaient la sienne.
p.137
Depuis un temps immémorable, les Maures et même les arabes qui habitent dans la régence d’Alger, ont des esclaves noirs des deux sexes qui leur sont amenés de l’intérieur du continent par des caravanes qui vont les chercher, ou des habitants des confins du désert qui en amènent sur la côte pour les vendre… Parmi ces esclaves il y a beaucoup d’enfants de cinq à six ans ; on amène quelquefois des familles entières… Presque tous les Maures ont des esclaves ; il n’y a guère les gens pauvres chez lesquels on n’en trouve pas ; les gens riches en ont jusqu'à vingt.
p.139
Quoique les noirs et les blancs cohabitent souvent ensemble, il n’y a point de mulâtres dans la portion des Etats algériens que j’ai visitée.
p.281
La personne d’un Turc dans la régence d’Alger était aussi sacrée que celle d’un roi européen: pour avoir tué un Turc, on était brûlé vif ou empalé; quand il arrivait qu’un janissaire avait été assassiné dans une ville ou sur le territoire d’une tribu, l’Aga partait à la tête de sa cavalerie pour saisir les coupable: quand ils parvenaient à s’échapper, il prenait vingt ou trente père de famille de cette tribu, et les amenait au Dey, qui leur faisait presque tous trancher la tête.