1833 - Voyage dans la régence d’Alger ou description du pays occupé par l’Armée d’Afrique
M. Rozer
p.33
Ces peuples ont une manière de faire la guerre tout à fait épouvantable, et qui tient à l’état sauvage dans lequel ils vivent ; il n’y a point de quartier pour leur ennemi qui tombe vif entre leurs mains : c’est un grand bonheur pour lui s’ils se contentent de lui trancher la tête ; souvent ils déchirent son corps de la plus affreuse manière. Les cinquante canonniers que l’imprudence de notre général conduisit au milieu de la Benzahmum furent coupés par morceaux et jetés à la voirie ; une cantinière qui se trouvait avec eux fut martyrisée : nous la vîmes pendue par les pieds au tronc d’un palmier ; elle avait le ventre ouvert et les entrailles arrachées ; les seins, le nez, les oreilles avaient été coupés et jetés dans l’abdomen. Ils croient avoir mérité de Dieu et de la patrie après s’être livrés à de semblable horreurs. Ils retournent chez eux avec les têtes encore sanglantes des ennemis qu’ils ont tués, les montrent orgueilleusement à leur parents, leurs femmes et leurs enfants, et racontent avec emphase leur exploits, sans oublier les cruautés dont ils ont Sali la victoire. Tels sont les effets d’une vie sauvage et de préceptes religieux, qui enseignent aux hommes à regarder comme ennemis de Dieu et de l’humanité tous ceux qui ne pensent pas comme eux.
p.162
Les Arabes sont courageux et fiers ; ils coupent la tête aux ennemis vaincus ; mais il est rare qu’ils se portent contre eux des cruautés, comme les Berbères et les Maures.
p.289
Il n’y a pas encore trois ans que des soldats de la milice sont arrivés dans cette cabane, dont le maître était absent. Les femmes le reçurent du mieux qu’ils leur fut possible, et n’osèrent pas se refuser aux dernières complaisance, parce qu’elle craignaient qu’il ne leur en coûta la vie. Le lendemain avant de sortir, les Turcs demandèrent à déjeuner : on leur servi des fruits, du laitage et un poulet auquel il manquait une cuisse. Qu’est devenue cette cuisse ? demanda un soldat à la femme qui les servait. – Mon fils a tant pleuré pour l’avoir, dit-elle, en montrant un petit garçon de trois ans qui était accroupi par terre. Amenez le moi, répliqua-il. La pauvre mère, toute tremblante, alla prendre son enfant par la main, et le conduisit au Turc, en se jetant à ses genoux et le priant les mains jointes de ne point lui faire mal ; mais ce barbare, sans répondre un mot, le saisi par les pieds, et d’un coup de yatagan, lui coupa la cuisse gauche, qu’il jeta à la figure de la mère, en lui disant : Voilà comme un Turc se venge des sottises qu’on lui fait.